Vendredi matin, après ma période de récupération bénévole matinale habituelle, j’ai faim. J’en profite, puisque je n’ai pas la première période, pour aller bruncher dans un petit resto de déjeuné de Rosemère non loin de ma job, le même que ce jour-là. Je me convaincs que je mérite bien une petite pause tranquille, à boire un bon café et à rigoler en lisant « Piette et Andréeanne à la St-Patrick ».
Des patates en cubes. C’est con des patates en cubes, c’est insignifiant, mais c’est étonnant comme ça peut soudainement devenir difficile à ingurgiter. Ça commencé par une chanson qui disait : « S’il fallait qu’un jour, la vie t’arrache à moi ». Dans ma tête, ça déboule. La vie, la mort, Tanie, maman, Philippe, papa, Isa, Véro, minifred, moi… l’instant présent, cette histoire, puis celle-là… la chronique nécrologique, les petites annonces de condos trop chers… mes histoires de couple honteuses, la fatalité. Mes patates en cubes me levaient le coeur.
Ça a continué avec une autre chanson qui disait: « … mon étoile filante ». Dans ma tête, la pollution, les élections, toutes ces années passées, ces rencontres, mes échecs… Autour de moi, plein de gens seuls occupent toutes les banquettes fleuries, comme moi. Contrairement à cette histoire, ce n’est pas par opposition que ma solitude ma saute au yeux. Ils m’ont envahie. Tristesse et colère. Montés en moi aussi rapidement qu’on déboule un escalier, ces sentiments m’ont pris d’assault en plein resto. Les yeux plein d’eau, j’ai refusé mon refill de café à la serveuse et ai décampé plus vite que d’habitude.
« Ben voyons Arte, reprend sur toi… c’est comme un mauvais feeling, c’est juste un petit down là… ça va aller ».
10h25.
Je suis dans ma voiture et j’ai chaud. Le poid du monde s’installait sur mes épaules, coup de cafard incroyable. J’avais juste envie de fondre en larmes. Et je ne savais pas pourquoi ça me prenait à ce moment.