Non. C’est pu pour moi. Enseigner aujourd’hui c’était poche en criss. Je me sentais comme une pute. Moche, sale, et vraiment plate. Non. Aujourd’hui c’était la guerre. Ne me restait plus qu’à tous les mettre dans ma mire avant de me faire éclater la cervelle, franchement, non. Pu capable. J’ai beau me fendre en quatre, mettre des heures incroyables sur ma préparation et ma correction, ça donne rien. Non. Ils ne veulent qu’un cristie de clown à jokes, qqun de bonne humeur 24h/24, qui va dire « oui bien sûr chéri » à tout, qui se fou du reste et qui donne 90%. Non. La réforme? dans le trou duc ouais. Les jeunes? Pu capable. A fallu que je pile sur mon orgueil à 100 reprises aujourd’hui. A fallu que je fasse des sourires, même à ceux qui m’envoie promener depuis 2 mois. Une vraie pute. J’ai joué mon plus grand rôle aujourd’hui: la prof ultra fine, ultra de bonne humeur alors qu’en dedans tout était démoli. Caput.
Pourquoi démoli? Simple. Je commence le cours par des remontrances, oui, des remontrances, car ce groupe a grimpé sur des tables pour sortir par la petite porte du fond de la classe à la fin du cours et pour des sec.5 je ne trouve pas ça très mature, genre. Ça et autres comportements inadéquats. Alors, pendant que j’essaie de leur témoigner ma bonne foi en ne leur en tenant pas rigueur mais plutôt en faisant une mise au point sur ce que j’attend d’eux, une élève m’interrompt, prend la parole et vide son sac. Elle passe au vote: 15 élèves sur 30 sont mécontents, me trouvent plate, de mauvaise humeur tout le temps, pas bonne prof, je ne les respecte jamais apparamment et ils ont hâte que l’autre prof revienne.
Tiens! Prend ça, la prof! Mets-ça dans ta pipe, la grande.
À ce moment, il reste encore 40 minutes au cours et je viens de me faire totalement blastée par des élèves frustrés contre le système, qui étaient bien contents de me démolir sur la place publique.
Qu’auriez-vous fait pendant ces 40 minutes restantes dites-moi?
La pute a tendu l’autre joue. Elle a souri, a expliqué doucement, a piétiné son orgueil cent fois, a fait des compromis, a écouté les frustrations, a laissé tout le monde parler, a gardé son calme, a été gentille, a donné des permissions, des extentions, a fait des sourires, a remercié poliment tout un chacun et a donné sa période. Alors que ce qu’elle voulait vraiment faire était de hurler. De hurler et de sacrer son camps en claquant la porte.
Non. Aujourd’hui, le coeur n’y était pas. Aujourd’hui, la case prof s’est rayée dans ma liste. Je vais me réorienter, les jeunes, ce n’est plus pour moi. Autant je peux aimer ça certains jours, autant ça peux être totalement génial, autant je peux me sentire nulle, dépréciée, invalide, plate et pute. Votre métier vous fait-il sentir ainsi? J’en doute fort. Alors voilà. Je me cherche autre chose. Je n’y crois plus.