Lettre ouverte d’une prof désillusionnée à la
profession démolie.
15 décembre 2005,
23h17.
C’est à cette heure précise, cette heure noire pour nous
tous, enseignants du Québec, que le gouvernement Charrue a tranché au
couteau le peu de viande qui restait sur la table des négos. Pour
paraphraser Loco Locass, Charest « acharné, charcute en charpie la charpente
de la maison qu’on a mis 40 ans à bâtir » et si ça continue, nous
n’aurons plus rien.
Oyé! gens du peuple à qui on ne dit que la
demie du drame, oyé! profs qui n’ont pas montré leur appui quand il
était encore temps: c’est un désastre pour la
profession.
Mais au fait, quelle profession? Un professeur, ça ne
vaut plus rien de nos jours. Les parents nous poursuivent, les élèves nous
envoient promener, les directions se foutent bien de nous. Ãa ne vaut plus
rien, un prof. Surtout depuis le 15 décembre 2005 à 23h17. Depuis cette
heure, cette heure noire pour nous tous, les professeurs sont
passés de professionnels à simples exécutants. Le pouvoir est
désormais entre les mains de la direction qui se réserve tous les droits,
même ceux de nous dicter ce que l’on doit penser. Désormais, nos heures
de bénévolat ne nous seront non seulement plus reconnues mais
obligatoires, nous verrons notre tâche s’alourdir d’activités
étudiantes et parascolaires, l’approche catégorielle pour les EHDAA
n’existera plus et si malheureusement l’un d’entre nous devait faire une
dépression nerveuse, il se verrait dans l’obligation de travailler quand
même, réaffecté à une tâche plus simple que celle d’enseigner. Voilà !
le sapin qu’on nous a passé.
La « valeur » de l’enseignement n’est
plus l’acquisition de connaissance mais bien l’argent qu’on peut faire
sur notre dos. Sur mon dos de prof.
Ya pas d’argent
à faire en enseignement. Détrompez-vous. Ya pas de plaisir non plus Ã
travailler avec quelqu’un qui veux juste nous mettre des bâtons dans les
roues. Ya même pas de fierté à être un enseignant quand on nous sert une
loi laide comme un torchon à vomir de dégoût afin de nous éponger le
salaire gagné à la sueur de notre front. Non mais, plus de 3 ans que le
salaire n’a pas augmenté, que les négos n’ont pas avancé d’un iota lÃ
-dessus et voici ce que la loi nous réserve: 0% d’augmentation pendant 2
ans et 2% à chaque année pendant 4 ans. wow.
Ne vous faites pas
d’illusions: l’enseignement, le monde plus que la tâche, c’est de la
« schnout ». On l’a eu dans le cul, elle y restera collé pour 4 ans.
« Démerdez-vous » qu’ils nous disent. Et Boisclair qui n’a pas l’intention
de « réouvrir des conventions »… est-ce bien ce qu’il a dit? Si les
libéraux ont tout pris et que les péquistes sont aveugles et insensibles Ã
notre cause, mais mon dieu, qui qui reste?
Je vais vous le dire:
personne.
Et un autre dry gin, un!